Croisière en Guadeloupe
Guadeloupe, Marie-Galante, Les Saintes : les belles eaux
Depuis la marina de Pointe-à-Pitre et après trois heures de navigation, le catamaran
mouille
à quelques dizaines de mètres de la plage de Saint-Louis, l’un des
trois bourgs de Marie-Galante. La belle s’est un peu assoupie depuis
que les ailes ne caressent plus ses flancs. Autrefois, cent moulins
grinçaient dans le vent afin d’extraire de la canne le « vesou ». L’île
appartenait alors au très prestigieux cercle des îles à sucre et,
jusqu’au XIXe siècle, elle connut de riches heures. Si le tourisme y
est encore timide, il est tout de même facile de louer une voiture ou
un scooter pour parcourir ses petites routes ombragées et odorantes. La
N9 permet de faire la tournée des distilleries, la route des moulins
offre un parcours plus historique et celle de Grelin longe quant à elle
de superbes panoramas.
Cap au nord-est, mer calme, ciel
définitivement azur ! Le catamaran s’éloigne de Marie-Galante pour
faire voile vers les îlets de Petite-Terre. Nés du corail, ils sont
protégés depuis 1998. Au « devant-jour », la lumière naissante accentue
la palette des mauves, des jaunes et des verts des violettes, des
pourpiers et des fleurs-soleils. Affalés sur les branches d’un mangle
ou d’un poirier-pays, 8 000 à 10 000 iguanes des Petites-Antilles
forment sur ce caillou l’une des populations les plus importantes au
monde de leur espèce.
Navigation
au portant, vent arrière. L’alizé, force 8/10, souffle avec une
tranquille régularité de janvier à juin. Le catamaran longe l’aile est
du papillon guadeloupéen. Grande-Terre fut tout entière dévolue à la
canne à sucre, comme l’est encore son nord. En revanche, son sud
respire désormais au rythme des plages de sable blanc, des cocotiers,
des clubs, et des stations balnéaires. Grande-Terre et Basse-Terre sont
si proches qu’elles semblent une seule île. Elles sont en fait séparées
par la rivière Salée, un bras d’eau saumâtre qui débouche au nord dans
le Grand Cul-de-sac marin. 3 700 hectares de lagon protégés par 25
kilomètres de récif corallien et par la loi des hommes puisque ce Grand
Cul-de-sac marin est inscrit au patrimoine de l’humanité par l’Unesco.
Basse-Terre, côte ouest. Le mouillage à Deshaie, l’occasion d’un avitaillement en produits frais, est un
point de départ idéal pour découvrir la partie nord de l’île. Montagneuse, humide, luxuriante, elle possède
peu de belles plages, mais la forêt n’est jamais très loin.
Près de 300 kilomètres de sentier, plus ou moins faciles, entraînent le
promeneur dans un enchevêtrement végétal de gommiers blancs, d’acomats
aux racines-contreforts, de marbris (le célèbre bois bandé), piliers
d’un labyrinthe o les ananas sauvages, les orchidées et autres
balisiers se disputent quelques taches de lumière.
Petite étape,
l’anse à la Barque est à quelques miles au sud de Deshaie. Mais
impossible de quitter Basse- Terre, qui, malgré son nom, est plus
élevée que Grande-Terre, sans grimper chez « la vieille dame ». Elle
est le centre du Parc national de la Guadeloupe, le point culminant de
l’archipel. Fière de ses 1 467 mètres d’altitude, la Soufrière est en
fait un jeune volcan, 100 000 ans seulement, doté d’un tempérament
bouillonnant. Le Chemin des dames, l’accès le plus direct, fut dessiné
comme son nom l’indique pour que les femmes puissent atteindre le
sommet sans trop de difficulté. Rares sont ceux qui découvrent la
Soufrière, encore en activité, sans son panache blanc de nuage. Mais
qu’importe, la brume sommitale plonge le visiteur dans un univers
fantasmagorique de
pitons hérissés, d’entailles profondes et de gouffre sans fond aux noms évocateurs de Mare au diable ou
de Porte de l’enfer.
Séparées
de Basse-Terre par un bras de mer un peu chahuteur, les Saintes sont,
après l’île de la Guadeloupe, les plus réputées de l’archipel. Le
catamaran laisse à bâbord Terre-de-Haut, sa baie et ses plages pour
mouiller à Terre-de-Bas. Toits et volets bleus sur mur blanc, façades
orange aux huisseries bigarrées... Les habitants des Saintes aiment la
couleur, jusque dans leurs jardins où ils cultivent des milliers de
fleurs. Dans la mer, équipé seulement d’un masque et d’un tuba, le
plongeur se faufile le long des tombants où se balancent gorgones et
spirographes, où les coraux se mêlent aux éponges ; une tortue marine,
de jeunes mérous et quelques poissons-perroquets complètent ce décor
aquatique. Ce tombant n’est pas le plus réputé de la Guadeloupe, mais
en sortant la tête de l’eau, on ne croise que le regard goguenard d’un
pélican brun.
Rhum Toujours
Bien qu'en déclin permanent depuis les années 60, la production se rhum se maintienten Guadeloupe. Environ
50
000 tonnes de canne à sucre sont consacrées à la distillerie. Le rhum
se décline en "blanc agricole", "vieux" et industriel. Le rhum blanc
est celui qui sert à la fabrication du Ti punch et se boit CRS :
"Citron, rhum, sucre".
Vestiges indiens
Sur
une pierre plate, à peine recouverte par les eaux d'un torrent, une
gravure représente un personnage avec un ventre arrondi. Signe de
fertilité ? Certains pensent qu'autrefois, les femmes venaient
accoucher ici. Les roches gravées, souvent associées à un cours d'eau,
ne sont pas rares en Guadeloupe et même si leur appartenance à une
culture n'est pas certaine, il est probable qu'elles sont dues aux
Indiens arawaks et datent des cinq premiers siècles de notre ère.

