Par Luc Biecq
AIR IODÉ, TAUREAUX REBELLES ET FIERS CAVALIERS, L’enclave méditerranéenne résiste aux assauts du béton. Unique et écologique, la Camargue resplendit d’insolence.

Toujours sauvage, le Sud de la France ? Oui ! Entre alluvions tortueux, étangs piquetés de flamants roses et rizières traditionnelles, il offre le spectacle de hardes de taureaux, de gardians à cheval et de vivaces traditions séculaires.Bien sûr, Marseille a la côte et la cote, mais c’est la Camargue qui s’affiche en figure rebelle des Bouches-du-Rhône. La terre et l’eau y dessinent un triangle : Arles au nord, les Saintes-Maries-de-la-Mer à l’ouest et Port-Saint-Louis-du-Rhône à l’est. Cœur battant de cette contrée, Arles est la plus grande commune de France avec une superficie de 77 000 hectares. L’Unesco l’a classée au Patrimoine mondial de l’humanité à triple titre : pour ses monuments romains et romans, en tant qu’étape sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, et comme réserve de biosphère.

Vous rêvez d’air salin et de sites protégés ? Fondé en 1970, le Parc naturel régional de Camargue est l’un des premiers parcs naturels régionaux créés en France. Il s’étend entre terre et mer sur une surface à peine plus petite que les Hauts-de-Seine. C’est le lieu de villégiature préféré des oiseaux migrateurs. Quant aux visiteurs sans ailes, ils peuvent se promener à vélo, à pied, à cheval ou en canoë-kayak dans les parcs et les réserves. A Salin-de-Giraud, à l’est, le domaine de la Palissade, propriété du Conservatoire du littoral et des rivages lacustres, propose des visites guidées. Les 702 hectares assurent une plongée insolite en pleine Camargue originelle, sur la zone dite de la « digue à la mer ». La faune et la flore y sont chouchoutées et chaque espèce y est présentée. Même les autochtones qui y emmènent leurs petits enfants se disent surpris d’en apprendre autant qu’eux ! Vous n’avez pas l’âme d’un enfant en classe verte ? Imaginez-vous niché dans un observatoire ornithologique… Un flamant rose prend son envol avec, en fond d’écran, l’étang de Grande Palun. Altier et délicat, le bel oiseau berce son infini sur le fini des mers. Le temps suspend son vol. Cet instant de majesté gracieuse, extrait d’un mini safari, est disponible à trois heures de Paris.

Entrer de plain-pied dans une rusticité sans fard, ça vous tente ? Jadis privées, quelques manades ont signé en 2003 une charte d’accueil du public, qui comprend un engagement à respecter les milieux et les patrimoines. Initialement, les manades – du provençal « manado » (dans la main) – désignaient les troupeaux de taureaux. Par extension, le mot évoque aujourd’hui les fermes où les chevaux de race camargue sont dressés à conduire les taureaux. Au cœur des espaces naturels camarguais, 15 000 taureaux de race camargue et 6 000 taureaux de combat, qui offrent une viande AOC, vivent en semi-liberté. Ils pâturent sur les marais, prés salés et sansouïres, ces terres basses limoneuses que l’on trouve dans les deltas. Pour que se dévoile sans filtre ce visage de la Camargue, une visite à la journée est appropriée : accueil par des gardians, découverte de l’élevage de taureaux en charrette tractée, marquage des bêtes, animations taurines ou équestres dans les arènes du mas. Les jeux taurins sont plus couramment accessibles que le spectacle d’exception proposé aux arènes d’Arles, qui reste une ville de tradition tauromachique. Authentiques et ouvertes à tous, les fêtes traditionnelles sont aussi légion. Les abrivados voient les taureaux conduits par les gardians à cheval traverser les villages, tandis que lors des ferrades, les « taurillons » sont marqués au fer rouge. Ainsi, du 9 au 16 septembre, au Grau du Roi Port Camargue, un
abrivado et un bandido, spectaculaire lâcher de taureaux dans les rues, auront lieu chaque jour ainsi qu’une course camarguaise. Loin des phénomènes bobos, vous partagerez là une authentique fierté aux accents gitans. N’est-ce pas au fond de l’inconnu que l’on trouve du nouveau ?

La corrida sans risque

Bien sûr, il y a les grands shows réservés aux toreros. Mais pour leurs visiteurs, les Camarguais gardent en réserve des jeux taurins variés et franchement drôles. Le plus célèbre, la course à la cocarde, demande au « raseteur » (à pied) de retirer pompons et ficelles des cornes du taureau déchaîné ! Autrefois, quiconque en avait le courage pouvait descendre en piste. Aujourd’hui, la course camarguaise possède un règlement strict, une fédération, des professionnels. Reconnue comme sport depuis 1975, elle se donne en spectacle de mars à octobre (www.ffcc.info). C’est donc à une belle démonstration que l’on assiste. Dans les manades, les jeux se déroulent avec de jeunes taurillons malicieux. Cela ressemble à s’y méprendre à l’inégalable course à la vachette…

Le bon goût camarguais

Principal lieu de production du riz français, cette grande étendue de terres plates et marécageuses dispose d’un atout clé : la quasi-permanence au sol d’une lame d’eau d’une hauteur de 5 à 10 cm sur le sol. La riziculture participe à la préservation de l’environnement du delta et à son équilibre écologique. Semé d’avril à mai, dans l’eau ou à sec, le riz, très vulnérable, nécessite une attention constante. Depuis juin 2000, l’appellation « riz de Camargue » a été reconnue. Outre le riz blanc, classique, le riz complet bio comme le riz long rouge attirent l’attention des gastronomes. Où les trouver ? Dans les bonnes épiceries et au supermarché !
Plus d’infos sur www.rizdecamargue.com