par Viviane Rivière – Photos Jean-Paul Calvet
DES TERRES BIBLIQUES AUX ÉTENDUES MINÉRALES CHEVAUCHÉES PAR LAWRENCE D’ARABIE, la Jordanie résume à elle seule la quintessence du Proche-Orient. Toutes les grandes civilisations anciennes y ont vécu, léguant un remarquable patrimoine culturel, mis en valeur par une nature sauvage et chaotique.

Amman à l’heure du sunset. Les effluves sucrées et épicées s’échappent des narguilés de ce café typique, jonché de tapis tissés et noués aux couleurs chatoyantes. Bienvenue en terre d’orient, en terre proche-orientale exactement. Amman capitale de ce petit royaume enclavé entre Israël, les territoires palestiniens, la Syrie, l’Irak et l’Arabie Saoudite, résonne au son du muezzin et des mélopées envoûtantes de la musique arabe. Moderne, elle n’a plus rien du village bédouin qu’elle fut, mais elle n’a pas pour autant vendu son âme au diable « occident ». Pour preuve l’animation qui règne dans la ville basse et l’accueil sans pareil qui est réservé au visiteur qui décide d’y séjourner.

Du Jourdain au désert

Au nord l’antique province de l’Arabie Pétrée, terre riche de souvenirs bibliques, romains et chrétiens, témoigne par de nombreux vestiges de sa magnificence passée. Jérash en est le joyau. Construite par les Romains avec l’idée de supplanter Palmyre, la cité, étonnement préservée, conjugue à merveille la rigueur monumentale de l’architecture romaine et la singularité de son urbanisme d’inspiration hellénistique. Ses théâtres, ses temples, ses escaliers monumentaux, ses larges rues dallées… sont autant d’évocations de l’esprit de la Rome antique. En été un festival – à ne pas manquer – la fait revivre.

A l’est d’Amman, la ville laisse progressivement la place au désert rocailleux qui rappellent que 80 % du territoire est un désert où vivent 5 % de la population, les derniers bergers bédouins non sédentarisés. C’est dans cette partie du pays que se dressent les « châteaux du déserts », ces énigmatiques forteresses construites par les souverains omeyyades au VIIIe siècle pour assouvir en toute quiétude, leurs plaisirs et leurs passions, parmi lesquels la chasse à la gazelle.

De la mer Morte à la mer Rouge

Le cours du Jourdain, échoue dans la faille la plus profonde de la planète qui place l’homme à 394 m en dessous du niveau de la mer : la mer Morte. Un phénomène géologique autant que site légendaire ; c’est ici que se serait déroulé l’épisode tragique de Sodome et Gomorrhe. Un bain dans ses eaux d’un bleu métallique est une expérience inoubliable : on s’y trempe, on s’y brûle parfois, mais on n’y nage pas. Cette mer fermée à la salinité inégalée, offre un moment de flottement sans pareil ! Des bains de boue noire, riche en minéraux et d’une tiédeur exquise, complètent à loisir ce moment de bien-être.
Parcourir la célèbre King’s Highway -ancienne route de l’encens, route du Haj, route de l’exode ou voie de transhumance – jusqu’à la mer rouge, est une autre expérience. Une étape au Mont Nébo, site présumé du tombeau de Moïse, permet d’embrasser en un regard la vallée du Jourdain, Jéricho, voire Jérusalem par temps clair, et d’admirer de superbes mosaïques byzantines.

Cette divine route conduit à Petra, la spectaculaire cité nabatéenne qui justifie à elle seule un voyage en Jordanie. « Voir Petra et mourir » pourrait-on presque dire, tant ce site n’a d’égale beauté que le Machu Picchu ou les temples d’Angkor. Nichée au milieu d’un décor minéral époustouflant, cette immense nécropole aux tombeaux improbables et monumentaux taillés dans les falaises de grès rouge, rappelle l’âge d’or de ce peuple marchand et pacifique dont l’activité caravanière rayonnait sur tout l’Orient méditerranéen. Plus au sud on pénètre un autre chaos rocheux et sablonneux, le Wadi Rum. Dans ce désert de sable rouge hérissé de spectaculaires massifs de pierre, vivent encore les descendants des Bédouins qui combattirent aux côtés de Lawrence d’Arabie pour une utopique Nation arabe… Plus qu’un lieu de visite, le Wadi Rum est une expérience à vivre. Puis récompense suprême, à l’extrême sud du pays : la mer Rouge et la station balnéaire d’Aqaba qui comblera les amateurs de sports nautiques, de plongée sous-marine et de farniente. Enfin, signalons que la paix récemment signée avec Israël, a permis la réouverture de la frontière sud et l’organisation de séjours combinés avec la Terre Sainte. Un nouvel espoir de paix pour la région.

Mer Morte en péril

Les scientifiques s’inquiètent : le niveau des eaux descend inexorablement de 5 m par an et la mer Morte aurait déjà perdu 30 % de sa superficie de départ. Un phénomène qui s’explique par le détournement des eaux du Jourdain au profit de l’irrigation des terres cultivées, de la consommation domestique, mais aussi de sa forte évaporation naturelle. Remède : la construction d’un canal de 180 km qui la relierait à la mer Rouge. Un projet qui aboutira peut-être si la paix s’installe.

Un peuple de Bédouins

« Bédouin » vient de l’arabe al-bedu qui signifie habitant du désert. Pasteurs nomades pendant des millénaires, ils formaient une des sociétés les plus égalitaires qui fut. Aujourd’hui dans leur grande majorité sédentarisés, ils ont néanmoins conservés leurs valeurs, dont l’hospitalité, un devoir suprême hérité des règles d’entraide jadis nécessaires pour survivre dans le milieu hostile du désert.