Par Marion Tours – Photos Jean-Paul Calvet
TERRE FRANÇAISE EN AMÉRIQUE DU SUD, PASSÉE DU BAGNE À LA FUSÉE ARIANE, la Guyane manie les contrastes avec audace, et réserve aux amoureux de la nature une expérience exceptionnelle.

En cette belle matinée, la pirogue glisse lentement sur les eaux brunes du fleuve Kourou, l’un des innombrables cours d’eau qui quadrillent la Guyane française. À bord de l’embarcation, la douzaine de passagers n’en finit pas d’admirer les rives bordées par la forêt primaire, sorte de mur impénétrable dont on perçoit déjà l’exubérance végétale mêlée à d’innombrables espèces animales. Ici, un urubu à tête jaune. Là, un morpho bleu aux ailes métallisées. Plus loin : un oiseau-sentinelle ou païpayo. Et partout, les cris des singes, des grenouilles et des rapaces. Bienvenue en Amazonie, véritable poumon vert recouvrant 94 % du département, soit près de 8 millions d’hectares…

Après une heure trente de navigation, l’équipée débarque enfin au camp Canopée, planté au beau milieu des arbres cathédrales dont l’enchevêtrement des feuillages laisse à peine filtrer la lumière. De part et d’autre, la chaleur humide atteint son paroxysme. Lionel, le propriétaire des lieux, invite les visiteurs à prendre leurs quartiers dans le carbet perché à 12 mètres au-dessus du sol. Héritée des amérindiens, l’habitation est réduite au strict minimum : un toit, un plancher, une balustrade et des crochets pour suspendre les hamacs. Une immersion totale, avant de s’élancer vers les cimes via tyroliennes et équipements d’escalade adaptés au grand public. Une fois parvenu au sommet d’un colosse haut de 36 mètres, l’équivalent d’un immeuble de 15 étages, on mesure alors l’immensité de la forêt. Un panorama de toute beauté où s’étirent, à perte de vue, le moutonnement inextricable des frondaisons rehaussées d’un étonnant camaïeu de vert. Tel un immense tapis moelleux suspendu sous le ciel… « Plus qu’une aventure insolite, cette expérience est l’occasion de démystifier l’Amazonie et de la rendre accessible à tous », conclut Lionel, toujours coiffé de son chapeau de cowboy malgré les 32 °C ambiants.

De retour à Kourou, les tristement célèbres îles du Salut constituent une escale des plus exotiques. Situées à une quinzaine de kilomètres du continent, il ne faut qu’une petite heure pour les rejoindre sur l’un des voiliers qui assurent régulièrement la liaison. Les flots bruns du littoral laissent place alors aux eaux translucides de l’océan Atlantique, tandis que se profilent à l’horizon les trois îlots désormais plantés de cocotiers et de bougainvilliers.
Face à cette vision d’éden, difficile d’imaginer que près de 70 000 bagnards, parmi lesquels Alfred Dreyfus, Guillaume Seznec ou Henri Charrière dit Papillon, furent déportés ici jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Un épisode dont Royale, Saint-Joseph et l’île du Diable conservent encore d’innombrable vestiges réinvestis par la végétation. Tout en crapahutant sur les sentiers côtiers, on se laisse gagner par la douceur et la sérénité qui sied aujourd’hui à l’endroit. Loin de « l’enfer au paradis » comme le décrivait, à l’époque, le journaliste Albert Londres qui, à force de témoignages et d’articles virulents, encouragea la fermeture des pénitenciers.

À quelques encablures au sud de Cayenne, les marais de Kaw sont, sans conteste, l’un des joyaux du département. Pour s’en assurer, rien de tel qu’une excursion parmi les 130 000 hectares de la réserve naturelle, lors d’une journée découverte ou d’un weekend organisé sur un carbet flottant. Un monde à part, où savanes et marécages dévoilent tour à tour aigrettes, jacanas jaunes, flamants roses, toucan toco et martins-pêcheurs. Mais c’est à la nuit tombée que les marais offrent leur spectacle le plus fascinant. Lorsque les yeux rouges des caïmans émergent à fleur d’eau et laissent entrevoir les innombrables mystères que réserve encore la Guyane française…

La ruée vers l’or

Tout commence en 1850 lorsque Paolino, un ancien mineur brésilien, découvre une pépite sur les rives de l’Approuague. S’en suit un rush anarchique vers la Guyane qui atteindra son paroxysme au
début du XXe siècle. L’exploitation de l’or enregistre alors un rendement moyen de 4 tonnes par an! Après un déclin notable dans les années 1980, l’extraction du précieux métal reprend de plus belle, depuis une quinzaine d’années, grâce à de nouvelles techniques et une prospection plus scientifique. Comme en témoignent les nombreux camps d’orpailleurs, situés le plus souvent, en
bordure de rivière.

Le centre spatial de Guyane (CSG)

Depuis le début des années 1960 et l’implantation du CSG, la ville de Kourou vibre au rythme de l’épopée spatiale et du programme Ariane. Choisi pour sa proximité avec l’équateur, sa faible densité de population, son climat exempt de séismes et de cyclones et sa situation géostratégique offrant une fenêtre idéale de lancement, le site assure, chaque année, la mise en orbite d’une dizaine de satellites, soit 50 % de l’activité mondiale. Outre la visite du musée et des installations disséminées sur 90 000 hectares, on peut aussi assister, sur demande et inscription, au décollage des fusées.