Par Marie Ernouf – Photos Philippe Forestier
DANS L’ÉTAT DU MASSACHUSETTS, au large de la presqu’île de cape Cod, ces îles au passé chargé d’histoires de mer et de chasse à la baleine, ont inspiré de grands écrivains avant de devenir avec le temps un refuge pour la gentry bostonienne, artistes et célébrités en quête de tranquillité et d’anonymat.

Au sud de Boston, la presqu’île de Cape Cod s’avance sur 100 kilomètres dans l’Atlantique tel un insolent bras d’honneur lancé à la face de l’océan. A sa pointe sud, Woods Hole est le port d’embarquement pour l’île de Martha’s Vineyard.
« Le vignoble de Marthe ». Triangle de terre ancré au large à seulement sept kilomètres du Cap de la Morue. En 1662, l’explorateur Bartholomew Gosnold y débarque, découvre des vignes sauvages, et la baptise du prénom de sa fille.
Avec ses 32 km de long par 14 de large,« The Vineyard », comme on l’appelle pour montrer que l’on est de ses familiers, est la plus grande des îles du Massachusetts.
Résidence estivale de prédilection des riches Bostoniens, l’île respire l’opulence.A l’Est, « down island », la partie la plus cotée, regroupe les trois principales localités Vineyard Haven le charmant port d’entrée dans l’île; Edgartown, la petite capitale aux élégants alignements d’imposantes demeures à portiques blancs qui évoquent son riche passé de grand port baleinier; et le fin du fin : Oak Bluff. A l’origine modeste campement de toile fond en 1840 par des Méthodistes, il fut remplacéplus tard par 300 petites maisons en bois, les Gingerbread cottages, aux balcons et vérandas festonnés de lambrequins et peints de couleurs acidulées, regroupées autour du Tabernacle, colossal édifice circulaire en fer forgé, lieu du culte méthodiste. Plus nature, « up island », sur le versant ouest de l’île, abrite trois autres villages cernés par une dense végétation de pins et de chênes où Jackie Onassis avait planté sa « cabane ».A la pointe extrême de ce finis terrae, les falaises d’Aquinnah, hautes de 40 m projettent dans l’azur leur arc en ciel de couches d’argile ocre, gris, rouille et blanc. Les gens du cru raffolent de ce lieu, et viennent rituellement à la tombée du jour contempler le soleil s’abîmer dans les flots.

 

 

 

 

 

 

 

 

Au sud-est de Martha’s Vineyard, l’île de Nantucket vogue solitaire en haute mer à deux heures de ferry de Hyannis. Colonisée en 1659, Nantucket atteignit son apogée au 19è siècle en devenant le premier port baleinier du monde.

L’époque où Melville écrit Moby Dick, en 1850, et lui consacre trois chapitres de son roman pélagique. On a peine à imaginer ce lointain passé de pêche, lorsqu’en arrivant on débarque sur le propret quai de bois gris de la plus élégante station balnéaire deNouvelle-Angleterre, où attend une population à dominante blonde, portant pantalons « rouge breton » et vert mastic. Les rues ont conservé leur pavement de galets posé en 1831.

Les naïves enseignes en tôles peintes des magasins et galeries d’art de Main Street, évoquent une époque oubliée. Nantucket sent l’Atlantique et les embruns à pleines narines.

Avec ses 5 km de long sur 2 km de large, ce mouchoir de poche au relief plat, émaillé en son centre de petits lacs et de landes sauvages, affiche de faux airs d’Ecosse. Le souvenir des chasses au cachalot, les histoires de mer et de sacs d’écus entassés par des générations d’armateurs font tinter l’imagination. Tout comme les belles demeures qui bordent les rues de sa petite capitale. L’île fut aussi source d’inspiration pour les écrivains.

C’est ici qu’au cours de l’été 1952 John Steinbeck écrivit « A l’est d’Eden ».

Nantucket se parcourt à vélo. La balade passe par une abondance de phares rayés de grandes bandes rouges. Celui de Sankaty vous attend au bout du chemin, à la sortie du très select hameau de Siasconset, où les milliardaires de Boston en villégiature s’endorment dans des chaumières de bois gris, couvertes de bardeaux et de rosiers en fleurs.

L’île zen

Chappaquiddick, « l’île séparée » en Algonkin, « Chappy » pour les initiés, fait face à Edgartown.
On y accède par le ferry nommé « On time » (la traversée dure quelques minutes), qui a la propriété de ne posséder aucun horaire régulier, mais fonctionne quotidiennement de 7 h du matin jusqu’à minuit, quand il est sollicité par des passagers. De ce fait, il est toujours « A l’heure ».
Chappy est réputée pour ses deux magnifiques plages et ses réserves naturelles (sans parler des demeures de résidents à l’année qui se dissimulent efficacement dans ses replis). L’île a connu en 1969 sa triste heure de célébrité sur le Dike bridge qui mène au phare de Cape Pogue où eut lieu l’accident qui coûta la vie à la secrétaire du sénateur Edward Kennedy.
Heureusement Chappy est surtout connu pour son magnifique jardin japonais, le Mytoi Garden History.
Œuvre crée dans les années 50 par le mécène, Hugh Jones. Mytoi est la version « japonisée » de My Toy (mon jouet). Clin d’œil humoristique de son créateur.

Une vannerie de luxe

Le « Nantucket lightship basket » est une célébrité locale. Dans lesannées 1850 l’administration des phares et balises américaine mit en place des lightships, phares flottants mouillés sur un haut fond surveillés par des gardiens. Pour passer le temps ces hommes tressaient finement de petits paniers en osier, dotés de deux anses et d’un couvercle incrusté d’une plaque en ivoire de cachalot gravée d’un décor maritime (scrimshaw). Une industrie était née. La réputation de ces paniers à traversé les océans, et ce savoir faire s’est perpétué jusqu’à nos jours. Toutefois la résine a remplacé l’ivoire de cachalot… Les paniers d’origine sont considérés par leur propriétaire comme un bijou de famille. Leurs successeurs se vendent également à des prix très élevés.

PRATIQUE

Se Renseigner

Massachusetts office of travel and tourism, 5 bis rue du Louvre, 75001 Paris. Tél. : 01 44 77 88 06
www.massvacation.com

Y Aller

AIR FRANCE (toute l’année) 36 54 (0,34 €/mn), de 6h30 à 22h, 7j/7.
www.airfrance.frAMERICAN AIRLINES (vol en saison – Mai / Octobre – jusqu’au 28 octobre 2008) 01 55 17 43 41 
www.americanairlines.fr

Les Voyagistes

Transport vers les Iles

En partant de Capa Cod, vers Martha’s Vineyard, depuis Woods Hole traversées quotidiennes avec la Compagnie Steamship Authority (piétons et voitures) : $15 A/R pour passager à pied.
www.steamshipauthority.com

Depuis Hyannis vers Nantucket avec Hy Line Cruises : $71 A/R. 

Dormir et se Restaurer sur Martha’s Vineyard

A Edgartown

The Colonial Inn, tél. (00 1) 800 637 47 11. Grand charme d’une vieille demeure au cœur du quartier historique d’Edgartown, face au port. A partir de $200 la ch. dble.

The Edgartown Inn, tél. 508 627 47 94. Dans la même localité, une ancienne demeure d’armateur bâtie en 1798 . Décor de mobilier ancien.. A partir de $125 la ch. dble. www.edgartowninn.com

Harbor View Hotel, tél. 508 627 70 00. Grande bâtisse datant de 1891, dont la longue véranda couverte fait face au phare d’Edgartown et à l’île de Chappaquiddick. A partir de $265 la ch.dble. www.harbor-view.com

A Oak Bluffs

The Oak House, tél. 866 693 58 05. Dans une maison victorienne, ancienne résidence d’un gouverneurdu Massachusetts, un B&B très réputé pour ses 10 chambres lambrissées en bois avec vue sur le large. A partir de $146 la ch. dble

A Vineyard Haven

A ne pas manquer, une institution locale : The Black Dog Tavern, tél. 508 693 92 23. Une vraie taverne à l’ancienne couverte de bardeaux, sans prétention mais chaleureuse, où l’on sert une bonne cuisine du cru comme le clam chowder (soupe de clams). On doit apporter son vin (ou sa bière). Une réglementation, propre à Vineyard Haven, interdit toute vente d’alcool dans les lieux publics.

Dormir et se Restaurer à Nantucket

29 Fair Street Inn (the Summer House), tél. 508 257 45 77.
Une ravissante demeure restaurée du 18e siècle, meublée d’antiquités. Charme garanti. A partir de $175 la ch. dble. Son restaurant, le Fair Street Bistro sert de la cuisine française. Le chef est nantais ! www.thesummerhouse.com

Nantucket Whaler Guest House, tél. 508 228 65 97.
Une ancienne maison de capitaine avec jardin dans le centre historique de la petite ville. Mobilier ancien et lits à baldaquins. Ecrasante de charme. A partir de $275 la ch. dble. www.nantucketwhaler.com Brass lantern Inn, tél. 508 228 40 64. Une demeure datant de 1840, avec jardin, bâtie avec les même matériaux que les bateaux baleiniers.. Toutes les chambres portent des noms de fleurs. Autour de $200 la ch. dble Pour bien dîner Arno, 41 Main Street, tél. 508 228 70 01. Le restaurant chic et cher de l’île au cadre très raffiné. www.arnos.net Pour boire un verre en musique, un favori du coin : The Chicken Box, 16 Dave Street. Essayer leur spécialité, le cocktail « life is good ». Recette confidentielle.

A Voir

A Martha’s Vineyard

Dans le village de Oak Bluffs, The Cottage Museum (Trinity Park), logé dans une maison à lambrequins datant de 1897 qui relate l’histoire du campement méthodiste et son évolution à travers le temps.

A Edgartown, The Daniel Fisher House, le meilleur exemple d’architecture d’une grandiose demeure de style « Greek revival » édifiée en 1840 par le Dr Fisher, médecin et armateur pour la pêche à la baleine ; Vincent House Museum, la plus ancienne résidence de l’île, bâtie en 1672, et demeurée dans la même famille jusqu’en 1941, raconte à travers mobilier et mise en scène la vie dans cette demeure pendant trois siècles, et tout à côté The Old whaling church, bâtie en 1843 selon la technique de construction des baleiniers.

Menemsha Harbor, un délicieux havre avec ses bateaux de pêche remontés sur la grève, bordée de cabanes en bois (shacks) où l’on sertune petite restauration. Un autre lieu favori des visiteurs pour admirer le coucher du soleil.

A Nantucket

The Whaling Museum, le musée de la chasse à la baleine retrace l’épopée baleinière de l’île. Une promenade dans le temps à travers apparaux utilisés pour cette chasse par les Achab locaux, maquettes et scrimshaws, ainsi qu’une formidable mâchoire et épine dorsale de cachalot ; le charmant village de Siasconset (prononcer Sconset) et ses petites maisons de pêcheurs en bois gris (shanties), reconverties en (chic) résidences secondaires. Enfin, ne pas manquer d’aller contempler le coucher de soleil à la pointe du village de Madaket.
Un must local absolu.

 

 

A Lire

Moby Dick, de Herman Melville. Ed. Gallimard Folio 
Le Grand Guide de la Nouvelle-Angleterre, Ed. Gallimard