Par Catherine Caubère – Photos Jean-Paul Calvet
SAINT-LOUIS, LA BELLE ALANGUIE, S’ENLISAIT DOUCEMENT DANS SON ÉMOUVANTE BEAUTÉ. Désormais classée au Patrimoine mondial de l’humanité, elle renaît, fière de son glorieux passé.

Française d’Afrique

Première ville française d’Afrique au XVIII°, Saint-Louis, fondée en 1659 par le commis Louis Caullier en hommage à Louis XIII, s’étire sur son île entre les eaux safranées du fleuve Sénégal et les vagues de l’Océan Atlantique. Mi-africaine, mi-vénitienne, elle fait la planche, rêvant de ses fastes passés quand, fidèle et turbulente, elle était capitale de l’empire colonial. À cette époque, commerçants et aventuriers y échangeaient gomme arabique, plumes d’autruche, ivoire, or, esclaves. Des entrepôts et des maisons de commerce –Maurel et Prom, Lacoste, Singer…- s’y édifièrent. Des ponts enjambèrent le fleuve comme ce fameux pont Faidherbe dont on dit – à tort paraît-il – qu’il fut dessiné par Eiffel et prévu, en fait, pour franchir le Danube…Y passent indéfiniment des hommes en boubou de basin et des femmes d’une rare élégance. Mais, dans les rues qui se croisent à angle droit, demeurent les vestiges d’une architecture émouvante, murs ocre roses aux persiennes couleur tourterelle tandis que les bâtiments publics, telle la Gouvernance, sont blancs, donnant à la ville un petit air de sous-préfecture méridionale perdue au sud du tropique du Cancer…Le tout bien sûr s’écaille et se lézarde sous le soleil, car Dakar a depuis belle lurette ravi le titre de capitale à l’orgueilleuse cité insulaire. L’indépendance du Sénégal en 1960 a fait le reste. Trahison pensent certains, en rappelant que la ville « qui fut électrifiée avant Paris » était française avant le Comté de Nice ou la Savoie !

Renaissance internationale

Aujourd’hui, l’espoir renaît. Classée par l’Unesco en 2001, aidée par des fonds européens, Saint-Louis a vu se créer des associations de rénovation. Rue Blanchot, rue de Paris, place Faidherbe, des entrepôts sont devenus des boutiques, des maisons ont été restaurées. L’hôtel de la Poste est toujours là, aux parfums d’Aéropostale. Mermoz s’y requinquait, chambre 219, avant de traverser l’Atlantique.
Et puis, il y a le long de la Langue de Barbarie, le quartier de Guet-Ndar, fourmilière bruyante et colorée, où les pêcheurs n’en finissent pas de défier l’océan sur « de longues pirogues à éperon, à museau de poisson et à tournure de requin » comme au temps de Pierre Loti. Il y a aussi des églises et des mosquées, des marchés, des calèches, des arbres et des fleurs, des lanceuses de « cauris » et des odeurs de « tchouraï » (épices et racines que l’on jette dans les brasiers).
« Saint Louis était une ville qui ne vivait pas mais qui se souvenait » nous dit Ousmane notre guide. « Désormais cette ville du passé est en passe de devenir une ville d’avenir. » « Le Coup de torchon » est passé. Restent, bien entendu « Les Caprices d’un fleuve »…Bercée par tous les limons du Sahel, bousculée par les vagues de l’océan, la ville s’endort sur une rumeur, une note de jazz. Saint-Louis Blues…

 

LE PARC NATIONAL DU DJOUDJ

A 70km au nord de Saint-Louis, cette réserve est un petit paradis naturel. Y atterrissent sur des pistes de nénuphars, des avocettes, des sternes blanches, des hérons pourprés et des cormorans. Sur 16000 hectares de lacs, de marigots et de terre, le spectacle auquel on assiste en pirogue est fascinant : 360 espèces d’oiseaux migrent dans cette zone humide. Au milieu des joncs et des roseaux, des lotus et des ipomées, des aigles pêcheurs et des ibis sacrés, d’immenses escadrons de pélicans en vols serrés, dessinent dans le ciel de grandes écharpes flottantes. Un crocodile peut même se laisser surprendre…

LES « SIGNARES »

Le XVIII° fut la grande époque des « Signares (du portugais « senhora »), ces belles et riches métisses filles d’Européens et d’Africaines, constituant une véritable aristocratie saint-louisienne. Fières de leur sang mulâtre, elles firent construire de belles maisons à étages et balcons, avec porches, cours intérieures, escaliers à double volée. On peut en admirer un bel exemple à la maison des impôts (où fut tournée une scène de « Coup de Torchon »). Il fallait les voir s’en aller à la messe de minuit, vêtues de leurs plus beaux atours et précédées de leurs serviteurs portant des lanternes vénitiennes ! On s’en souvient encore aujourd’hui, à Noël, lors de la fête du Fanal.