
Sénégal : Saint-Louis… en l'île
Française d’Afrique
Première
ville française d’Afrique au XVIII°, Saint-Louis, fondée en 1659 par le
commis Louis Caullier en hommage à Louis XIII, s’étire sur son île
entre les eaux safranées du fleuve Sénégal et les vagues 
de
l’Océan Atlantique. Mi-africaine, mi-vénitienne, elle fait la planche,
rêvant de ses fastes passés quand, fidèle et turbulente, elle était
capitale de l’empire colonial. À cette époque, commerçants et
aventuriers y échangeaient gomme arabique, plumes d’autruche, ivoire,
or, esclaves. Des entrepôts et des maisons de commerce –Maurel et Prom,
Lacoste, Singer…- s’y édifièrent. Des ponts enjambèrent le fleuve comme
ce fameux pont Faidherbe dont on dit – à tort paraît-il – qu’il fut
dessiné par Eiffel et prévu, en fait, pour franchir le Danube…Y passent
indéfiniment des hommes en boubou de basin et des femmes d’une rare
élégance. Mais, dans les rues qui se croisent à angle droit, demeurent
les vestiges d’une architecture émouvante, murs ocre roses aux
persiennes couleur tourterelle tandis que les bâtiments publics, telle
la Gouvernance, sont blancs, donnant à la ville un petit air de
sous-préfecture méridionale perdue au sud du tropique du Cancer…Le tout
bien sûr s’écaille et se lézarde sous le soleil, car Dakar a depuis
belle lurette ravi le titre de capitale à l’orgueilleuse cité
insulaire. L’indépendance du Sénégal en 1960 a fait le reste. Trahison
pensent certains, en rappelant que la ville « qui fut électrifiée avant
Paris » était française avant le Comté de Nice ou la Savoie !
Renaissance internationale
Aujourd’hui,
l’espoir renaît. Classée par l’Unesco en 2001, aidée par des fonds
européens, Saint-Louis a vu se créer des associations de rénovation.
Rue Blanchot, rue de Paris, place Faidherbe, des entrepôts sont devenus
des boutiques, des maisons ont été restaurées. L’hôtel de la Poste est
toujours là, aux parfums d’Aéropostale. Mermoz s’y requinquait, chambre
219, avant de traverser l’Atlantique.
Et
puis, il y a le long de la Langue de Barbarie, le quartier de
Guet-Ndar, fourmilière bruyante et colorée, où les pêcheurs n’en
finissent pas de défier l’océan sur « de longues pirogues à éperon, à
museau de poisson et à tournure de requin » comme au temps de Pierre
Loti. Il y a aussi des églises et des mosquées, des marchés, des
calèches, des arbres et des fleurs, des lanceuses de « cauris » et des
odeurs de « tchouraï » (épices et racines que l’on jette dans les
brasiers).
« Saint Louis était une ville qui ne vivait pas mais qui
se souvenait » nous dit Ousmane notre guide. « Désormais cette ville du
passé est en passe de devenir une ville d’avenir. » « Le Coup de
torchon » est passé. Restent, bien entendu « Les Caprices d’un fleuve
»…Bercée par tous les limons du Sahel, bousculée par les vagues de
l’océan, la ville s’endort sur une rumeur, une note de jazz.
Saint-Louis Blues…
LE PARC NATIONAL DU DJOUDJ
A 70km au nord de Saint-Louis, cette réserve est un petit paradis naturel. Y atterrissent sur des
pistes
de nénuphars, des avocettes, des sternes blanches, des hérons pourprés
et des cormorans. Sur 16000 hectares de lacs, de marigots et de terre,
le spectacle auquel on assiste en pirogue est fascinant : 360 espèces
d’oiseaux migrent dans cette zone humide. Au milieu des joncs et des
roseaux, des lotus et des ipomées, des aigles pêcheurs et des ibis
sacrés, d’immenses escadrons de pélicans en vols serrés, dessinent dans
le ciel de grandes écharpes flottantes. Un crocodile peut même se
laisser surprendre…
LES « SIGNARES »
Le XVIII° fut la grande époque des « Signares (du portugais « senhora »), ces belles et riches
métisses
filles d’Européens et d’Africaines, constituant une véritable
aristocratie saint-louisienne. Fières de leur sang mulâtre, elles
firent construire de belles maisons à étages et balcons, avec porches,
cours intérieures, escaliers à double volée. On peut en admirer un bel
exemple à la maison des impôts (où fut tournée une scène de « Coup de
Torchon »). Il fallait les voir s’en aller à la messe de minuit, vêtues
de leurs plus beaux atours et précédées de leurs serviteurs portant des
lanternes vénitiennes ! On s’en souvient encore aujourd’hui, à Noël,
lors de la fête du Fanal.

