Montréal, la capitale sourire
Montréal, la capitale sourire
Midi
au coeur du quartier international : sur un flonflon de jazz, cadres
financiers en bras de chemise et femmes d’affaires
bronzées, mordent dans des sandwiches devant une bouche de
métro. La Défense ? Pas du tout. La station a beau
être Art Déco, nichée entre d’immenses
gratte-ciel, elle se nomme Square Victoria et se situe à 5 500
kilomètres à l’ouest de la Seine. À
Montréal, Québec, là où, sur les bords du
Saint-Laurent, quelques-unes des cent églises
néogothiques de la ville lancent leurs flèches
dérisoires vers des tours de bureaux inaccessibles.
Aux
beaux jours de l’été indien (il fait plus de 14
°C en moyenne en septembre), l’art de vivre
montréalais se conjugue au grand air : à bicyclette sur
les 400 km de pistes cyclables, en patin, ou en flânant à
pied, le long des rues pavées étroites et courbes du
Vieux-Montréal, entre galeries d’art et bouquinistes. On y
découvre, sur la place d’Youville, le Monument aux
Pionniers, qui commémore l’arrivée à
Montréal des premiers colons en 1642, tandis qu’à
quelques pas se trouve le Centre d’histoire de Montréal,
logé dans une ancienne caserne de pompiers. Le côté
est de la place aboutit à Pointe-à-Callière,
où est établi le musée d’Archéologie
et d’Histoire de Montréal. Sa crypte abrite les vestiges
des fortifications qui encerclaient alors la bourgade qui a bien grandi
: 450 habitants en 1681, 4 000 en 1760, 27 000 en 1830, plus de 3
millions aujourd’hui.
Le
charme du Vieux-Montréal se découvre à pied
grâce à une visite guidée baptisée «
Les trésors de la cité » d’une durée
de 90 minutes, ou bien en une demi-heure de calèche
jusqu’au port, en bord du fleuve Saint-Laurent, le patron de
cette ville-île. Montréal laisse aussi apparaître
ses strates historiques et architecturales depuis quelques hauteurs
privilégiées. Du mont Royal bien sûr, cent
hectares, 60 000 arbres et presque autant d’écureuils,
où le Montréalais vient courir, respirer et flirter. Mais
aussi du pont Jacques Cartier, superbe mécano inspiré de
Monsieur Eiffel, qui déverse des tombereaux de voitures vers les
îles Sainte-Hélène et Notre-Dame. C’est ici
que Montréal s’étourdit, sur les vertigineuses
attractions de la Ronde, au parc Jean Drapeau dominé par
l’étrange structure transparente de la «
biosphère de l’environnement ». C’est
là aussi que serpente le circuit de formule 1 non loin du
casino, niché dans l’architecture en écailles de
l’ancien pavillon français de l’exposition
universelle de 1967.
Sur le plateau mont Royal se
succèdent les boutiques de mode et celles des designers. Un
restaurant à la mode, le Méliès, abrite les
studios numériques dans une ville où se tournent chaque
été une quinzaine de longs métrages.
Au-delà des quinze kilomètres ponctués de 1 200
boutiques de la rue Sainte- Catherine, il faut aussi arpenter les
quartiers résidentiels de Westmount et d’Outremont,
ourlés de petites artères arborées, aux maisons
cossues à un étage piquées d’escaliers.
Quant aux vrais « bobos » de Montréal, ils logent
dans des docks revisités, le long du canal de Lachine, où
le surprenant
« Habitat 67 », une sorte d’empilement de cubes avantgardistes, a fait école.
Pour
un court séjour, Montréal, délicieusement
francophone et agrémentée d’un zeste british, se
vit la journée au rythme du « magazinage », le
shopping à la mode québécoise. Après un
« cinq à sept » dans un bar de la festive rue
Saint-Denis, la soirée se poursuit à l’Oscar Wilde,
un incroyable établissement irlandais du village gay, où
l’on peut boire dans un tramway, avant d’aller souper dans
l’un des innombrables restaurants français comme Le pied
de cochon. À moins que vous ne choisissiez une trattoria de la
Petite Italie où il est parfois de bon ton d’apporter sa
bouteille de vin.
Souriez, vous êtes à Montréal.
Montréal souterraine
Dès
octobre-novembre, Montréal descend d'un ou plusieurs crans. Cas
unique, la ville est doublée d'une autre cité,
souterraine celle-là. 29 km de couloirs reliés par dix
stations de métro, deux gares ferroviaires, près de 2 000
boutiques, des parkings, des hôtels, des bureaux, et des
cinémas ... On peut y vivre, manger, dormir, travailler et
magaziner lorsqu'à la surface, Montréal est prise dans
une gangue de gel, même si les hivers, ici aussi, sont moins
rigoureux qu’autrefois. Certains habitants du centre-ville
peuvent même rentrer chez eux sans voir le jour.
L'Office de tourisme dispose d'une bonne carte de Montréal en sous-sol.
Cruiser avant de minoucher
L’un
des multiples atouts de Montréal, c'est sa langue : au milieu
d'un océan anglo-saxon, la francophonie, toujours militante sans
pour autant être conflictuelle, règne en maîtresse.
La ville n’est plus divisée en deux, les « Anglais
» qui y demeurent parlent eux aussi la langue de Jacques Cartier.
À Montréal, ce sont les Français, qui ont un
accent. Même si celui de nos « cousins »
d'Amérique est assaisonné d'expressions savoureuses dont
quelques-unes ont fait florès, comme « magaziner »
pour lèche-vitrine ou « char » pour voiture.
Mais connaissez-vous celles-ci ?
Faire « du pouce » (de l’auto-stop),
aller « aux vues » (au cinéma),
« foirer » (faire la fête),
« enfirouaper » (duper, séduire),
être « croche » (malhonnête),
« chum » (petit ami),
« cruiser » (draguer),
« minoucher » (caresser),
ou bien « jaser » (bavarder).

