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Numéro 1 Sept. 2007 > Voyages > Long courrier > Montréal, la capitale sourire

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Long courrier

Montréal, la capitale sourire

Par Christophe Christo
OUBLIEZ LA "BELLE PROVINCE”. VOLEZ VERS MONTRÉAL DEVENUE CAPITALE BRANCHÉE, CULTIVÉE, ÉCOLO ET MULTICULTURELLE. La deuxième cité francophone de la planète est un souriant cocktail de vieille Europe et de nouveau Monde. Une Amérique à visage humain, tout en contrastes.

Montréal, la capitale sourire

Midi au coeur du quartier international : sur un flonflon de jazz, cadres financiers en bras de chemise et femmes d’affaires bronzées, mordent dans des sandwiches devant une bouche de métro. La Défense ? Pas du tout. La station a beau être Art Déco, nichée entre d’immenses gratte-ciel, elle se nomme Square Victoria et se situe à 5 500 kilomètres à l’ouest de la Seine. À Montréal, Québec, là où, sur les bords du Saint-Laurent, quelques-unes des cent églises néogothiques de la ville lancent leurs flèches dérisoires vers des tours de bureaux inaccessibles.

Aux beaux jours de l’été indien (il fait plus de 14 °C en moyenne en septembre), l’art de vivre montréalais se conjugue au grand air : à bicyclette sur les 400 km de pistes cyclables, en patin, ou en flânant à pied, le long des rues pavées étroites et courbes du Vieux-Montréal, entre galeries d’art et bouquinistes. On y découvre, sur la place d’Youville, le Monument aux Pionniers, qui commémore l’arrivée à Montréal des premiers colons en 1642, tandis qu’à quelques pas se trouve le Centre d’histoire de Montréal, logé dans une ancienne caserne de pompiers. Le côté est de la place aboutit à Pointe-à-Callière, où est établi le musée d’Archéologie et d’Histoire de Montréal. Sa crypte abrite les vestiges des fortifications qui encerclaient alors la bourgade qui a bien grandi : 450 habitants en 1681, 4 000 en 1760, 27 000 en 1830, plus de 3 millions aujourd’hui.

Le charme du Vieux-Montréal se découvre à pied grâce à une visite guidée baptisée « Les trésors de la cité » d’une durée de 90 minutes, ou bien en une demi-heure de calèche jusqu’au port, en bord du fleuve Saint-Laurent, le patron de cette ville-île. Montréal laisse aussi apparaître ses strates historiques et architecturales depuis quelques hauteurs privilégiées. Du mont Royal bien sûr, cent hectares, 60 000 arbres et presque autant d’écureuils, où le Montréalais vient courir, respirer et flirter. Mais aussi du pont Jacques Cartier, superbe mécano inspiré de Monsieur Eiffel, qui déverse des tombereaux de voitures vers les îles Sainte-Hélène et Notre-Dame. C’est ici que Montréal s’étourdit, sur les vertigineuses attractions de la Ronde, au parc Jean Drapeau dominé par l’étrange structure transparente de la « biosphère de l’environnement ». C’est là aussi que serpente le circuit de formule 1 non loin du casino, niché dans l’architecture en écailles de l’ancien pavillon français de l’exposition universelle de 1967.

Sur le plateau mont Royal se succèdent les boutiques de mode et celles des designers. Un restaurant à la mode, le Méliès, abrite les studios numériques dans une ville où se tournent chaque été une quinzaine de longs métrages. Au-delà des quinze kilomètres ponctués de 1 200 boutiques de la rue Sainte- Catherine, il faut aussi arpenter les quartiers résidentiels de Westmount et d’Outremont, ourlés de petites artères arborées, aux maisons cossues à un étage piquées d’escaliers. Quant aux vrais « bobos » de Montréal, ils logent dans des docks revisités, le long du canal de Lachine, où le surprenant
« Habitat 67 », une sorte d’empilement de cubes avantgardistes, a fait école.

Pour un court séjour, Montréal, délicieusement francophone et agrémentée d’un zeste british, se vit la journée au rythme du « magazinage », le shopping à la mode québécoise. Après un « cinq à sept » dans un bar de la festive rue Saint-Denis, la soirée se poursuit à l’Oscar Wilde, un incroyable établissement irlandais du village gay, où l’on peut boire dans un tramway, avant d’aller souper dans l’un des innombrables restaurants français comme Le pied de cochon. À moins que vous ne choisissiez une trattoria de la Petite Italie où il est parfois de bon ton d’apporter sa bouteille de vin.

Souriez, vous êtes à Montréal.


Montréal souterraine

Dès octobre-novembre, Montréal descend d'un ou plusieurs crans. Cas unique, la ville est doublée d'une autre cité, souterraine celle-là. 29 km de couloirs reliés par dix stations de métro, deux gares ferroviaires, près de 2 000 boutiques, des parkings, des hôtels, des bureaux, et des cinémas ... On peut y vivre, manger, dormir, travailler et magaziner lorsqu'à la surface, Montréal est prise dans une gangue de gel, même si les hivers, ici aussi, sont moins rigoureux qu’autrefois. Certains habitants du centre-ville peuvent même rentrer chez eux sans voir le jour.
L'Office de tourisme dispose d'une bonne carte de Montréal en sous-sol.


Cruiser avant de minoucher

L’un des multiples atouts de Montréal, c'est sa langue : au milieu d'un océan anglo-saxon, la francophonie, toujours militante sans pour autant être conflictuelle, règne en maîtresse. La ville n’est plus divisée en deux, les « Anglais » qui y demeurent parlent eux aussi la langue de Jacques Cartier. À Montréal, ce sont les Français, qui ont un accent. Même si celui de nos « cousins » d'Amérique est assaisonné d'expressions savoureuses dont quelques-unes ont fait florès, comme « magaziner » pour lèche-vitrine ou « char » pour voiture.
Mais connaissez-vous celles-ci ?

Faire « du pouce » (de l’auto-stop),
aller « aux vues » (au cinéma),
« foirer » (faire la fête),
« enfirouaper » (duper, séduire),
être « croche » (malhonnête),
« chum » (petit ami),
« cruiser » (draguer),
« minoucher » (caresser),
ou bien « jaser » (bavarder).